PRÉOCCUPATION — L’extinction programmée des réseaux mobiles 2G et 3G, annoncée de longue date, mais longtemps reléguée au rang de sujet technique, est en train de produire des effets très concrets sur le parc immobilier français. Dès 2026 pour la 2G, puis entre 2028 et 2029 pour la 3G, des centaines de milliers d’ascenseurs pourraient se retrouver non conformes, voire contraints à l’arrêt, faute d’avoir anticipé une transition devenue brutalement urgente. Par la rédaction
Un parc massif encore dépendant de réseaux condamnés
La France compte environ 650 000 ascenseurs. Selon les estimations de la profession, près de 290 000 d’entre eux sont encore équipés de systèmes de téléalarme reposant sur les réseaux 2G ou 3G. Or ces dispositifs ne relèvent pas du confort : ils constituent une obligation réglementaire. En cas de blocage en cabine, ils permettent de contacter un centre d’assistance et conditionnent la conformité même de l’équipement.
Avec la disparition progressive des anciens réseaux mobiles, ces téléalarmes cesseront de fonctionner. Un ascenseur privé de système d’alerte opérationnel ne respecte plus la réglementation. La conséquence est immédiate : l’équipement peut être contraint à l’arrêt, au nom de la sécurité des usagers.
Près de 290 000 ascenseurs sont encore équipés de systèmes de téléalarme
reposant sur les réseaux 2G ou 3G
Une transition connue, mais mal anticipée
Sur le papier, le calendrier est clair. Dans les faits, il apparaît de plus en plus intenable. Les opérateurs télécoms ont confirmé leurs échéances, mais sans réel accompagnement opérationnel des acteurs concernés. Du côté des ascensoristes, le constat est sans appel : la capacité d’absorption du secteur est limitée.
La France compte entre 17 000 et 20 000 techniciens spécialisés. Or ce sont plusieurs centaines de milliers d’interventions qu’il faudra réaliser en quelques années pour adapter ou remplacer les systèmes de téléalarme. Plus l’échéance approche, plus le risque d’engorgement augmente : délais rallongés, coûts en hausse, indisponibilité des prestataires. Dans les cas les plus critiques, l’indisponibilité prolongée de l’ascenseur devient une hypothèse plausible.
Dans les copropriétés, l’urgence s’invite sans bruit
Dans une copropriété de taille moyenne, le sujet surgit souvent tardivement. Le syndic découvre que l’ascenseur fonctionne encore sur un réseau appelé à disparaître. Il faut alors demander un diagnostic, solliciter des devis, inscrire les travaux à l’ordre du jour d’une assemblée générale, obtenir un vote, puis planifier l’intervention. Autant d’étapes qui prennent du temps — parfois plus que le calendrier ne le permet. L’enjeu dépasse largement la technique. En l’absence de téléalarme fonctionnelle, la responsabilité du syndicat de copropriété peut être engagée en cas d’incident. La question n’est donc pas seulement budgétaire : elle est juridique et sécuritaire. Et elle se pose désormais dans un contexte contraint, où l’anticipation devient la seule variable d’ajustement.
Une responsabilité diffuse, mais bien réelle
Cette situation met en lumière un angle mort récurrent des transitions technologiques : leur traduction concrète dans le quotidien des particuliers. La fin de la 2G et de la 3G relève de décisions industrielles et normatives prises en amont, sans coordination globale, ni véritable stratégie d’accompagnement pour le parc immobilier existant.
Résultat : ce sont aujourd’hui les copropriétés qui se retrouvent en première ligne, sommées d’agir dans l’urgence pour éviter des conséquences immédiates. L’alerte est désormais connue. Reste à savoir si elle sera entendue à temps, ou si cette transition, pourtant annoncée, se traduira par une série de situations de blocage évitables. À ce stade, la question n’est plus de savoir si cette transition aura lieu, mais dans quelles conditions elle sera gérée, et avec quel degré d’anticipation.
Conclusion – Anticiper pour garder la maîtrise
Cette échéance impose avant tout une démarche structurée. La première étape consiste à vérifier sans attendre la technologie de téléalarme installée sur chaque ascenseur et sa compatibilité avec les réseaux actuels. Cette information doit être demandée formellement au prestataire de maintenance, afin de disposer d’un diagnostic clair et opposable. Il est ensuite indispensable de mettre le sujet à l’ordre du jour d’une réunion du Conseil syndical ou d’une assemblée générale, en fonction des seuils de délégation, même si les travaux ne sont pas encore précisément définis. Cette démarche permet d’anticiper les décisions, de comparer les solutions techniques et d’éviter des interventions réalisées dans l’urgence, souvent plus coûteuses et juridiquement fragiles. Sur le plan juridique, elle permet également d’établir que les obligations de sécurité ont été prises en compte, un point déterminant en cas d’incident ou de mise en cause de responsabilité.
Enfin, l’anticipation permet de sécuriser la situation au regard des obligations légales applicables aux ascenseurs. Un équipement dépourvu de téléalarme fonctionnelle peut être considéré comme non conforme, avec à la clé un risque d’interruption de service et, le cas échéant, une responsabilité engagée. Agir en amont, documenter les démarches entreprises et tracer les décisions collectives restent les meilleurs moyens de conserver la maîtrise juridique et opérationnelle de cette transition.
FONDAMENTAL
Points de vigilance juridique
Responsabilité civile de droit commun, responsabilité du fait des choses, manquement à une obligation de sécurité, les fondements juridiques à une action en responsabilité ne manquent pas en cas de dommage alors que l’ascenseur ne disposerait pas d’un dispositif permettant aux personnes bloquées en cabine de communiquer avec un service d’intervention. Dans tous les cas, la conservation des échanges écrits avec le prestataire de maintenance (demandes de diagnostic, préconisations, devis) est essentielle. En cas de contentieux, ces éléments permettent de démontrer que les obligations de prudence et de sécurité ont été prises en compte. De même, l’inscription du sujet à l’ordre du jour d’une assemblée générale et les décisions votées constituent des éléments déterminants pour établir une gestion conforme aux obligations légales et contractuelles.
COÛT
Combien cela va-t-il coûter aux copropriétés ?
L’impact économique de la fin des réseaux 2G et 3G varie fortement selon l’âge et la configuration des ascenseurs.
> Remplacement d’une passerelle de communication : lorsque l’équipement est compatible, l’intervention peut se limiter à quelques centaines d’euros par appareil.
> Remplacement complet du système de téléalarme : sur les installations plus anciennes, un changement intégral peut s’avérer nécessaire, avec des coûts nettement plus élevés.
À ces dépenses s’ajoutent des coûts indirects souvent sous-estimés : délais de vote en assemblée générale, indisponibilité temporaire de l’ascenseur, hausse possible des tarifs en cas de saturation du marché. À l’échelle nationale, cette transition représente une charge financière diffuse, mais significative, supportée quasi exclusivement par les copropriétés.